Ma thèse de doctorat, 25 ans, c’est loin déjà!

En 1991, les études pour devenir vétérinaire étaient finalisées par l’élaboration d’une thèse de doctorat, condition sine qua non pour avoir le droit d’exercer au delà d’une quinzaine de mois après avoir validé sa quatrième année dans l’une des quatre écoles vétérinaires en France (Paris, Lyon, Toulouse et Nantes). C’est un travail supervisé par un maître de thèse, toujours l’un de nos maîtres. Pour ma part, ce fut le professeur Faliu, maître de la chaire de botanique à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse.

De nos jours, nombres d’étudiants, pour réaliser leur mémoire, rapports de stage ou thèse sont tentés de « pomper » sur internet, avec un simple copié-collé, le contenu de leurs écrits. Cela est devenu tellement d' »usage » qu’il a été développé un logiciel qui permet d’effectuer des recherches poussées pour prévenir ce fléaux… C’est un peu le jeu du chat et de la souris. Les étudiants démasqués sont sévèrement réprimandés et c’est un juste retour des choses.

Il faut se replacer à l’époque où j’ai réalisé ma thèse, c’est à dire de 1989 à 1991:

– Internet sortait tout juste du CERN: il n’y avait donc pas d’internet pour le commun des mortels… Les principales sources d’information étaient les livres et les revues scientifiques que l’on trouvaient et que l’on trouve toujours, d’ailleurs, dans les bibliothèques.

– Pour la rédaction de ma thèse, j’avais utilisé un traitement de texte sur ordinateur, ce qui était très rare pour l’époque. L’ordinateur que j’avais utilisé en Guyane était un Macintosh SE30 monofinder, et en métropole, un Mac Classic avec le système multifinder, que j’avais acquis grâce à mes propres deniers. L’écran, c’était, pour les deux machines, un 9 pouces en noir et blanc!

System 6 Mac Classic

En cliquant sur l’image précédente, vous verrez les conditions d’utilisation de l’époque grâce à la page d’émulation…

– les moyens de stockage, c’était des disquettes simples (360Ko), double densité (720Ko) et haute densité (1,44 Mo). Ma thèse tenait allègrement sur une disquette double densité mais je n’ai jamais réussi à en récupérer les données.

– La version de word que j’ai utilisée était Microsoft Word 5.1a. Le concept du WYSIWYG ( ce que vous voyez est ce que vous obtenez) venait tout juste de naître avec cette version. J’ai utilisé excel 2.2 pour les tableaux et schémas de ma thèse. 

– A l’époque, les dessins, c’était du bitmap et l’application utilisée MacPaint. Je me souviens m’être arraché les yeux en dessinant point par point les cartes de la Guyane.

– l’imprimante qui a servi à l’impression était une style writer. En noir et blanc, elle débitait fièrement 3 pages par minute… Je me rappelle de mes amis qui m’avaient dit, à l’époque: » Avec Faliu comme directeur de thèse, tu n’es pas près d’avoir une date de soutenance ». Le Dr Faliu était si pointilleux qu’en moyenne, il fallait deux à trois ans pour avoir une date de soutenance… J’ai alors adopté une stratégie qui consistait à attendre à l’entrée de la chaire de botanique ladite personne avec un exemplaire finalisé de ma thèse en demandant une correction rapide, à récupérer le lendemain la thèse et les corrections, à effectuer les corrections dans la journée, à imprimer la nuit et à me présenter à nouveau le lendemain avec l’exemplaire corrigé et finalisé. La première fois, mon professeur a cru que je me moquais de lui et que je présentais à nouveau le premier exemplaire mais il a fini par constater que les modifications demandées avaient été faites. Pendant 15 jours, des corrections incessantes ont eu lieu, mais tous les deux jours, j’étais sur le perron de la chaire de botanique. J’étais prêt, financièrement, pour une semaine de plus mais il a sans doute craqué avant…

Style Writer

 

O tempora , O mores. Tout ceci ne me rajeunit pas mais montre à quel point la technologie a évolué: ce que l’on pouvait faire hier semblait extraordinaire, mais parait fade face à ce que l’on peut faire aujourd’hui.

Finalement, mon investissement aura été payant dans la mesure où j’ai gagné au moins deux ans pour obtenir ma date de soutenance. Car à l’époque, mon Mac Classic et la StyleWriter m’avaient coutés pas loin de 10000 francs (2200 euros d’aujourd’hui). Par contre, mon plus grand regret aura été de quitter la Guyane Française dont je vous avait parlé ici, pour rentrer en métropole. Mon plus grand rêve serait certainement d’y retourner et la visite récente d’un ami de plus de 25 ans (il se reconnaitra en lisant ces lignes) n’a fait que raviver très vivement ce rêve..

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